France Flicage

L’arsenal déployé pour traquer quelques centaines de millions d’euros de « fraude » vise en réalité, dans leur grande majorité, des « indus » c’est-à-dire des erreurs des organismes eux-mêmes qui plongent les précaires dans une détresse absolue au moment du remboursement.

Dans le monde macroniste, qui se réclame de la dystopie intégrale, les services sont rebaptisés « France + quelque chose ». Pôle Emploi a changé de nom, avec des méthodes toujours plus violentes. Les chômeurs et chômeuses sont le produit des politiques néolibérales : la flexibilisation du marché du travail a fait grimper le chômage et la précarité.

L’indu rebaptisé fraude

Les courriers de demande de remboursement ne fournissent bien souvent aucune explication permettant de comprendre le lien avec la situation de la personne concernée. Ce sont des menaces d’extorsion, capables de faire basculer une situation déjà compliquée dans l’engrenage. Aux yeux de l’administration, l’« indu » est traité comme l’équivalent d’une « fraude ». Or une fraude suppose un mode opératoire et une volonté délibérée de frauder, ce qui n’est pas le cas de l’indu où la responsabilité incombe justement à l’organisme.

Novlangue oblige, l’algorithme s’appelle « Ciblage du Contrôle de la Recherche d’Emploi ». La Quadrature du Net appelle à son retrait pur et simple. Pendant ce temps, l’État vide les caisses de l’Unedic pour combler son propre déficit, aggravé depuis une décennie, et invoque la stratégie de la « caisse vide » pour justifier ses ponctions qui creusent elles-mêmes le déficit qu’il faudra ensuite rembourser.

Le fraudeur, c’est l’État

Parfois, on peut se demander si France Travail ne serait pas en réalité une antenne du ministère de l’Intérieur. Le postulat de départ, c’est que « l’allocataire » est un « fraudeur » en puissance. Les précaires sont alors massivement traqués, pour un résultat qui ne relève, au bout du compte, que de faibles erreurs administratives. Pendant que « France Flicage » s’escrime à bâtir une démonstration rigoureuse pour justifier la baisse des aides, l’absurde éclate au grand jour : la fraude ne vient pas des allocataires, mais de l’organisme lui-même, qui respecte rarement les règles de droit qu’il est censé appliquer.

Sur les plateaux de télévision et les radios commerciales, les invités déversent des vociférations qui n’ont aucun lien avec ce que vivent des millions de chômeurs et chômeuses. Cela pose une vraie question sur la mission d’accompagnement de « France Travail », si l’essentiel des moyens sert à traquer la « fraude » via des scores probabilistes, quand il s’agirait avant tout d’aider à retrouver un emploi après un licenciement, souvent abusif. La répression comme doctrine pour radier et faire baisser le chômage à coups de statistiques, ça ne marche pas.

Harcèlement d’État

Les courriers pleuvent, menaçants, rédigés dans un langage soutenu qui vire parfois au harcèlement d’État. Un harcèlement pourtant illégal selon l’article 222-33-2-2 du Code pénal : la peine peut aller d’un à deux ans de prison et de 15 000 à 30 000 euros d’amende, selon les cas. Cela peut plonger les personnes dans une détresse psychique réelle. Le citoyen se retrouve réduit au rang d’usager d’un service public comme un autre, un « service random » parmi d’autres, alors même qu’il finance ce système à travers ses impôts, notamment à travers la T.V.A. qui rapporte près de 210 Mds de façon nette chaque année.

Les agents de l’ancien Pôle Emploi se retrouvent ainsi avec un outil dystopique entre les mains : l’intelligence artificielle. Son but : augmenter le nombre de contrôles via une machine à radier, pour faire baisser artificiellement le chômage tout en gonflant le halo du chômage réel.